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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 11:39

Extrait de « L'ART DE TOUTE SORTE DE CHASSE ET DE PECHE » (1730)

La Grenouille eft un petit infecte ou Poiffon, qui naît dans les marais, les ruiffeaux, foffez, & autres eaux bourbeufes & croupiffantes. Swammerdan dit que la Grenoüille a un œuf pour fon principe, enveloppé d'une membrane dont elle fe dépoüille à la maniere des infectes ; elle ne commence à manger qu'après s'être dépoüillée de cette membrane. Ses jambes croiffent & pouffent au dehors, de même que les boutons des fleurs hors de leur tige, ou comme les aîles des infectes. Après avoir quitté la forme d'œuf, de ver & de nymphe, elle devient un animal parfait.

Il y a trois petites veffies qui paroiffent proche de la tête des Grenoüilles, qui sont particulières au mâle, qui a auffi une partie interieure du pied de devant, quatre fois plus groffe que la femelle.

Jacobée, dans fes obfervations fur les Grenoüilles, dit qu'au mois de Mars elles jettent plus de onze cents œufs. Il divife les Grenoüilles en terreftres & en aquatiques : les premieres en Crapaux & Raines vertes, & dit que parmi ces dernieres, il y en a une efpece nommée Verdier, qui eft muette, & qui monte fur les arbres, dont le venin eft fi dangereux, que les bœufs en perdent les dents, s'ils le mâchent feulement avec les herbes.

Il ne faut que mettre une chandelle fur le rivage pour faire taire des Grenoüilles, felon l'obfervation des Anciens, qui viennent de la corruption de la terre, détrempée par les pluyes d'Eté ; ces Grenoüilles ne vivent gueres : celles de la mer, des rivieres, des lacs & des marais, font bonnes à manger ; elles font cendrées.

Pline dit que les Grenoüilles appellées Raines vertes, font leurs petits comme une miette de chair noire, qui n'a autre marque de Raine que les yeux & la queuë ; que leurs pieds fe forment enfuite, & que leur queuë fe fend pour former ceux de derriere.

Cet Auteur dit, que lorfque les Grenoüilles ont fix mois, elles fe refolvent en limon, & retournent en être aux premieres pluyes du Printemps. Mais ces fentiments font tout-à-fait contraires à ceux des Naturaliftes modernes, qui ont mieux raifonné là-deffus, & fait des obfervations philofophiques plus exactes.

On voit auffi des Grenoüilles de mer, qu'on appelle Diables de mer. Le même Pline dit, qu'autrefois en France, il y eut une ville qui fut dépeuplée par les Grenoüilles ; que celles qui font naturelles de Barbarie, n'y crient point, mais que lorfqu'on y en apporte d'étrangeres, elles font du bruit comme les autres ; & qu'il y a des Grenoüilles qui fe nourriffent dans des fontaines chaudes.

La Pêche de la Grenoüille eft fort amufante, & celle qui s'exerce le plus à la Campagne ; on les pêche la nuit au feu : voici comment.

On prend des torches de paille, & l'on va plufieurs de compagnie à l'endroit où l'on fçait qu'il y a des Grenoüilles. Il faut qu'un ou deux de ces Pêcheurs fe dépoüillent & se mettent dans l'eau, & prennent chacun un fac, qu'ils tiennent entre leurs jambes, pour ferrer les Grenoüilles qu'ils trouveront à leur portée.

Ces Pêcheurs s'étant ainfi mis dans l'eau, il faut que d'autres parmi eux, prennent chacun une torche de paille ou, de glus allumée;  foit pour éclairer les Pêcheurs à amaffer les Grenoüilles, qui les environneront en foule de tous côtez ; ou pour obliger ces animaux à courir à la lueur de ce feu, qu'ils prennent pour celle du foleil.

Il eft d'autant plus aifé de prendre ces Grenoüilles qu'elles ne remuënt point du tout : mais pour cela, on doit ne point faire de bruit, car d'abord que le moindre fon vient les frapper, elles fe retirent auffi-tôt, & vous ne les tenez plus.

Plus le temps eft obfcur, meilleure en eft la Pêche ; & l'on peut dire que cette invention de prendre les grenoüilles eft fi infaillible, qu'on n'a qu'à porter les facs, on eft fûr de les rapporter pleins.

Celui qui pêche doit être dans l'eau, & doit avoir une poche de toile, & la mettre entre fes jambes, de maniere que le fond traîne à bas, ou qu'elle foit accommodée fur fon corps, de forte qu'il puiffe s'en fervir quand il voudra y mettre les grenoüilles qu'il prendra.

 

 

Secret pour faire venir les Grenoüilles dans l'endroit où l'on veut en pêcher.

 

Il faut mettre un verre de criftal fur une feüille de papier blanc, au bord du lieu où il y a des Grenoüilles, & tâcher d'en prendre une qu'on mettra fous le verre : & pour le tenir en état, on le charge d'une pierre, ou de quelqu'autre chofe qui foit pefant, afin que la Grenoüille n'en forte point.

Enfuite on fe retire : il ne faut point faire de bruit ; car cela épouvanteroit les Grenoüilles qui fi tôt qu'elles entendent crier celle qui eft fous le verre, y accourent toutes, comme pour la fecourir, & pour lors en s'approchant doucement, on les prend avec une petite truble qu'on gliffe adroitement deffous. On en prend de cette forte en grande quantité.

Par jean-jacques
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