Extrait de « L'ART DE TOUTE SORTE DE CHASSE ET DE PECHE » (1730)
La Truite eft un Poiffon d'eau douce. Il y en a de deux fortes ; l'une qu'on appelle Truite ; & l'autre, Truite faumonée. La premiere fe nourrit dans des eaux de fources vives et claires, & l'autre efpéces vient dans les lacs, & a la chair rouge comme le Saumon.
Les Truites ont des dents fur la langue, & font marquetées de plufieurs taches jaunes et rouges ; elles vivent de petits Poiffons, de vers, de limaçons & de graines.
On les trouve plûtôt dans les petites rivieres que dans les grandes, & fur tout dans celles qui coulent avec rapidité, & dont le lit eft pierreux ; elles ont le trait de l'aîleron très-violent ; elles nagent à contre-fil de l'eau, & refiftent en fautant plus de trois coudées de longueur, à la violence des flots.
On dit que lorfqu'il tonne, les Truites fe laiffent prendre à la main, & qu'elles fe retirent alors fous les racines des aulnes, ou des faules.
Que pour les prendre ainfi, il faut leur chatoüiller le ventre, & continuer ainfi jufqu'à ce que les ayant attrapées par les oüies, on les puiffent aifément enlever. On les prend aussi par les oüies, avec un crochet au bout d'une perche.
Quand les Truites veulent multiplier, ce qui arrive ordinairement au mois d'Octobre, elles ne font dans l'eau que de petites foffes pour fe mettre : fi bien, que la nuit avec un flambeau ou autre lumiere de cette nature, on va aifément les découvrir ; cette lueur les furprend, elles ne fortent point de leur place, & alors avec la Foüine, il eft très-facile de les piquer.
Dans les ruiffeaux où l'on fçait qu'il y a des Truites, il n'y a pour un peu de temps qu'à en détourner le courant de l'eau, par le moyen d'un bâtardeau ; & ces ruiffeaux étant à fec, il eft aifé de prendre ces Poiffons à la main.
On prend les Truites à l'hameçon qu'on appâte de vers produits de la maniere qui fuit.
Prenez une poule noire, percez-là, mettez dedans trois jaunes d'œufs & du fafran de la groffeur d'un pois, après cela vous coudrez le trou. Enfuite vous prendrez cette poule, vous l'enterrez dans du fumier de cheval, & la laifferez ainfi pendant trois ou quatre jours, jufqu'à ce qu'elle fe corrompe, & qu'il paroiffe deffus de certains vers jaunes. Quand cela eft, vous prenez de ces vers, vous en amorcez l'hameçon, que vous jettez à l'ordinaire, dans l'eau où vous fçavez qu'il y a des Truites : ces vers fe confervent enfermez dans un petit pot.
D'autres, fans tant de façon, fe fervent pour appâter leurs hameçons, de certains vers qu'on trouve près des fontaines d'eau vive ; il y a des mouches vives dont on fe fert auffi pour cela.
D'autres forment au mois d'Avril, une certaine efpéce de mouche artificielle, dont le corps eft comme garni de foye rouge, qui a la tête verte, & y mettent des plumes d'une poule rouffe.
Dans le mois de May ils en font une, couverte auffi de foye, mais elle eft de couleur rouge, & avec des filets tirans fur l'or ; la tête en eft noire, & on y joint les plumes rouges d'un chapon.
La mouche qu'ils inventent au mois de Juin, a le corps couvert d'une foye bleuë & d'un jaune doré, la tête pâle, & des aîles faites des plumes qu'on trouve fous les aîles des Perdrix.
Au mois de Juillet le corps de cette mouche artificielle eft de foye verte, & tirant sur l'or, fa tête doit être bleuë, & fes aîles faites de plumes de couleur pâle.
Cette mouche en Août eft compofée des plus longues plumes de Paon ; la tête en eft jaune, & les aîles faites avec les plumes qu'on trouve au milieu des aîles d'un Faifan.
On prétend, & gens d'expérience ont affuré qu'avec ces fortes d'appât, on pêchoit heureusement les Truites à l'hameçon, & que ces Poiffons attirez par ces differentes couleurs, felon les differens temps, donnoient facilement à l'amorce. La proye merite qu'on éprouve ces fecrets.