Extrait de « L'ART DE TOUTE SORTE DE CHASSE ET DE PECHE » (1730)
Pour commencer par la Perche, on peut dire qu'il n'y a guere de Poiffon plus facile à prendre. C'eft un Poiffon d'eau douce de couleur differente fous le ventre, & ayant prefque le refte du corps tout cendré, excepté quelques bandes noirâtres qui lui defcendent du dos.
Ce Poiffon fe nourrit dans les rivieres, & a le trait de l'aîleron fort vîte. L'on tient que les Perches jettent en Hyver par la bouche une petite rofée rougeâtre, qui leur fait de la douleur, & que pour lors elles nagent à fleur d'eau, ce qui fait que les Pêcheurs qui les remarquent aifément, les prennent au filet.
Il y en a qui pêchent les Perches à l'amorce, compofée de foye de chevre.
La Plie eft un Poiffon d'eau douce, auffi bien que de mer ; on la trouve dans les rivieres, fur-tout dans la Loire, & dans les étangs.
Ce Poiffon eft petit, plat & large ; il eft rufé de fa nature, & lorfqu'il fent les Pêcheurs, il commence à gagner le gué, à s'attacher à la terre, & à troubler l'eau, afin qu'ils ne le voyent pas.
Quand on veut pêcher ce Poiffon, il faut que le temps foit calme : on va pour cela avec des bottes, fi la faifon n'eft point chaude, ou pieds nuds, fi le temps le permet : ainfi l'on fe met dans l'eau.
Ce n'eft ordinairement que dans les rivieres où l'on peut paffer à gué, qu'on cherche les Plies ; on marche dans les endroits où il y a du fable, & on y imprime le plus fortement qu'on peut fes pieds.
Ces traces reftent ainfi, pourvu que l'eau ne foit point agitée, & après avoir attendu un peu de temps, on retourne vers ces mêmes traces ; & on les trouve remplies des Plies qu'on prend alors aifément à la main.