Extrait de « L'ART DE TOUTE SORTE DE CHASSE ET DE PECHE » (1730)
La Loche eft un petit Poiffon de riviere, gros comme un Eparlan ; on la trouve dans les petites rivieres, & dans les ruiffeaux ; il y en a de deux fortes.
Ce Poiffon fe plaît parmi les herbes, & dans la bourbe ; on le pêche avec des filets dont les mailles font fort étroites, crainte qu'il ne paffe au travers. C'eft ordinairement fur le bord des eaux qu'on s'y exerce.
La Loche eft très-vive & fort délicate à fervir fur table : le vray temps de la pêcher eft pendant les mois d'Avril & de May.
Le Meunier a plufieurs noms, felon les differens Païs. On l'appelle Tétard ou Tétu, parce qu'il a une groffe tête. Meunier parce qu'on le prend autour des moulins, ou parce qu'il a la chair blanche. D'autres le nomment vilain, parce, dit-on, qu'il vit de bourbe, & d'autres vilenies de cette forte.
Le Meunier, Vilain ou Têtard, comme vous voudrez dire, eft un Poiffon de rivière qui a une groffe tête ; il eft tout blanc, moins deffus le dos que deffous le ventre ; il a les écailles luifantes.
On peut conferver long-temps le Meunier dans un vivier, pourvû que l'eau en foit claire ; il fe nourrit de bourbe & d'eau, & de petits animaux qui nagent sur la fuperficie de l'eau.
On le prend à la ligne, & on y met pour appât à l'hameçon, des grillots qu'on trouve par les champs, ou des grains de raifin, ou d'une efpèce de mouche, qu'on trouve cachée en Hyver le long des rivieres.
Il y en a qui fe fervent de cervelle de bœuf, dont ils garniffent leur hameçons. Ce Poiffon ne va jamais feul, il eft toûjours de compagnie, ce qui eft caufe qu'on en prend beaucoup, foit à la ligne ou au filet.
Il y a encore une autre efpéce de Meunier, dont les écailles font plus tranfparentes, un peu plus larges & plus déliées ; elles approchent de la couleur de l'argent.
Ce Poiffon eft long, épais & charnu : il eft rufé, ce qui le rend difficile à prendre : il entend lorfque les pêcheurs tendent leur filets, à moins que le bruit du vent ne l'en empêche.
Il refte fouvent entre les bancs de fable qui s'amaffent dans les rivieres, ce qui fait qu'on l'attrape rarement au filet.
Les Pêcheurs fe fervent plûtôt de la ligne pour prendre le Meunier, que tout autre piége. C'eft ordinairement dans le mois de May que cette pêche commence à être bonne, & depuis ce temps-là jufqu'au mois de Mars, c'eft alors que le Poiffon multiplie.
Pour amorcer l'hameçon, on prend d'autres petits Poiffons, puis tenant la ligne en main, on fe promene où l'on croit que la riviere eft abondante en Meuniers : & lors qu'on voit l'occafion propre, on jette la ligne le plus loin qu'on peut.
Quand les Meuniers voyent l'amorce, ils y courent, & en la voulant avaller, ils fe prennent à l'hameçon, qui est caché deffous.
Ce Poiffon s'amorce auffi avec des vers qu'on prend fur des charognes, & après en avoir fait amas, on les conferve dans des pots pleins de fon. Et fi on veut n'en point manquer, on peut mettre du fang caillé dans des manequins, & pour lors on en fait une bonne provifion.