Extrait de « L'ART DE TOUTE SORTE DE CHASSE ET DE PECHE » (1730)
Quoique ces deux Poiffons ne foient pas de grande importance, on ne laiffe pas neanmoins de s'amufer à les prendre. Il fuffit qu'on pêche et qu'on prenne quelque chofe, pour avoir du plaifir.
Le Chabot eft un petit Poiffon de rivieres à groffe tête , dont le corps va toûjours en diminuant ; on le trouve frequemment dans les eaux les plus rapides ; il fe retire volontiers fous les pierres, & fe creufe des trous dans le fable pour s'y cacher ; il fe fourre auffi quelquefois dans la bourbe.
Le Chabot a le trait des aîlerons fort vite, & quant il paffe d'un endroit à un autre, on diroit que c'eft une fléche qui paffe.
A l'égard du Goujon, c'eft auffi un petit Poiffon de riviere blanc, & femblable à un Eperlan ; il fe plaît dans la bourbe, & eft toûjours au fond de l'eau.
Ces Poiffons fe prennent à la Naffe dans les rivieres, & aux grands filets ; il y en a qui les pêchent à la foüine fur le bord des rivieres, lorfque l'eau eft claire, point trod profonde, & qu'on voit ces Poiffons dormir.
On les trouve auffi fous des pierres qu'on ôte doucement de deffus eux. Il faut pour cela que ceux qui pêchent foient bottez, & foient prompts à frapper deffus, lorfqu'ils les apperçoivent.
Si c'eft de jour on obfervera ce qu'on vient de dire ; car fi on les pêche à la Lune, ce qui fe fait si on le fouhaite, il n'eft pas befoin alors de remuër les pierres, parce qu'ils fortent de leurs trous eux-mêmes, & ainfi on peut aifément les piquer.
Il y a des ruiffeaux où ces fortes de Poiffons fe trouvent en quantité ; il eft aifé de les y prendre, fi par les bâtardeaux qu'on fait on détourne l'eau, & l'on met les ruiffeaux prefqu'à fec.
La veritable faifon pour pêcher le Chabot & le goujon, eft depuis le mois de Novembre jufqu'à Pâques ; ce temps-là paffé, il n'y fait point bon, de quelques maniere que ce foit.
On ne prend point ces Poiffons à l'hameçon, il ne donnent point à l'appât. Et fi c'eft avec une Naffe qu'on les pêche, il faut que les mailles n'en foient point trop larges, crainte qu'ils ne paffent au travers.
Maniere facile de Pêcher le Poiffon dans les ruiffeaux ou petites rivieres.
Il faut être deux pour cette Pêche. Prenez le cercle d'un grand tonneau qui foit bien fort, partagez-le par la moitié, attachez un filet à cette moitié, & liez ce cercle ferme à une grande perche ; il faut mettre du plomb au bas du filet, à l'endroit où la corde du filet fait la corde de l'arc. Vous prenez ce filet avec vous, & une autre perfonne prend un fouloir. Vous allez le long des ruiffeaux ou des petites rivieres, & dans les endroits où il y a des herbages, ou bien là où l'eau fait quelques recoins, ayant creufé fous les bords du rivage : vous pouffez vôtre filet devant ces joncs ou ces recoins, & celui qui tient le fouloir, foule l'eau dans ces herbages ou dans ces recoins ; le Poiffon voulant s'enfuir donne dans le filet. C'eft une pêche que j'ay faite avec plaifir, & où je n'ai jamais manqué de réüffir. Mais à dire la verité, j'ay toûjours pris de petits Poiffons, & ce n'a été que par hazard que j'en ai pris de gros, foit qu'il n'y en eût pas beaucoup dans ces petites eaux, ou que le grand ne fe retire pas volontiers dans ces lieux-là. On peut auffi pêcher avec ce filet dans les ruiffeaux qui font au bord des grandes rivieres, & le bord des grandes rivieres même.